Écologie productive : Rencontre avec Mathieu Lefèvre

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10 septembre 2026
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Et si le vrai clivage n’était plus entre économie et écologie, mais entre ceux qui ont compris qu’il fallait produire et ceux qui pensent encore qu’il suffit d’innover ? C’est la ligne qui a traversé notre rencontre de rentrée Climat & Ressources, en présence de Mathieu Lefèvre, Ministre délégué chargé de la Transition écologique.

Un été 2026 de nouveau marqué par des records de température a suffi à trancher : la question n’est plus de savoir s’il faut agir, mais comment produire la transition plutôt que de la subir.

« Vous êtes les premiers ambassadeurs, les premiers de cordée de cette écologie productive. C’est un combat économique et culturel à mener. »

Mathieu Lefèvre, Ministre délégué chargé de la Transition écologique.

Le Ministre a salué en eux les premiers ambassadeurs de cette écologie productive, à l’adresse des trois entrepreneurs réunis à ses côtés : il ne s’agit plus, selon lui, de concilier deux logiques opposées, mais d’assumer qu’elles n’en font qu’une. Une conviction qu’il décline lui-même en actes, refusant le faux choix entre déni climatique et écologie punitive, et plaidant pour une confiance retrouvée envers les entreprises à travers un chantier de simplification déjà engagé — délais d’autorisation environnementale ramenés à 8-9 mois, doublons administratifs supprimés, fonds vert porté à près de 20 milliards d’euros.

La table ronde qui a suivi, réunissant Célia Agostini (Directrice, Cleantech for France), Clément Ray (Co-fondateur & CEO, InnovaFeed) et Pierre-Olivier Brial (CEO de Manutan et Vice-président du METI), sous la modération de Pierre Darmet (idverde) a donné à cette conviction toute sa portée concrète — et parfois, ses limites.

Le laboratoire n’est plus le principal frein

On a longtemps cru que l’innovation suffirait à elle seule. Les trois intervenants ont, chacun à leur manière, démonté cette idée. Clément Ray a rappelé que sur les trois phases de financement d’une innovation de rupture — recherche, pilote industriel, puis « tête de série » — c’est la dernière, la plus risquée, qui reste le maillon faible des dispositifs français. Célia Agostini est allée plus loin : sans commande publique ni garanties pour dérisquer les investisseurs, même l’acier décarboné du projet GravitHy à Fos-sur-Mer restera à quai, un constat que confirme la chute des investissements en capital-risque dans les cleantech, passés de 3 à 1,5 milliard d’euros entre 2024 et 2025 selon le baromètre de Cleantech for France. Pierre-Olivier Brial l’a formulé ainsi : « Ce que j’aimerais, c’est qu’on fasse des commandes », pas des aides.

La souveraineté ne se décrète pas, elle se construit dans les territoires

Le deuxième temps de la séquence a déplacé le débat de l’usine au territoire. Pierre-Olivier Brial a plaidé pour les Entreprises de Taille Intermédiaire — 35 % de l’emploi industriel, 75 % familiales, 125 000 sites ancrés localement — avant de résumer sa philosophie : « La coordination, c’est dépasser le “ou” pour construire avec le “et” ».

Clément Ray a prolongé l’idée à l’échelle industrielle, avec son site de la Somme alimenté à 70 % par de l’énergie fatale récupérée localement — la preuve, selon lui, que souveraineté et performance environnementale se construisent ensemble, ou pas du tout. Le Ministre, en écho, a tranché sur l’économie circulaire : « Il faut que l’économie circulaire devienne une industrie circulaire », pointant les failles d’un système de filières REP où la performance économique reste largement décorrélée de la performance environnementale.

Reste une question, posée en creux par Célia Agostini : cette réindustrialisation vertueuse tiendra-t-elle face à une concurrence internationale qui, elle, ne s’embarrasse pas de telles nuances ? Le marché européen, a-t-elle rappelé, demeure le meilleur — et peut-être le seul — levier dont dispose la France pour l’imposer. L’enjeu est désormais de transformer cette conviction en capacité d’action.

C’est la vocation de Choiseul Climat & Ressources : réunir décideurs publics et privés pour comprendre comment les contraintes climatiques et physiques reconfigurent l’économie, les modèles d’affaires et la souveraineté des territoires.

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