Valérie BAUDSON
Directrice générale, Amundi
À l’occasion d’un nouveau Club Choiseul Finance de demain, l’Institut Choiseul a reçu Valérie Baudson, Directrice générale du groupe Amundi, pour un échange avec Anne de Guigné autour des grandes mutations de la gestion d’actifs.
Un temps de discussion consacré aux mutations de la gestion d’actifs, à l’évolution du cadre macroéconomique et à la place de l’Europe dans un environnement de plus en plus fragmenté.
Les dernières semaines ont rappelé à quel point les équilibres économiques restent fragiles. Les tensions géopolitiques, en particulier sur les marchés de l’énergie, ont rapidement modifié les anticipations de croissance et d’inflation, notamment en Europe.
Cette instabilité se traduit directement sur les marchés, où les mouvements de court terme peuvent être brutaux. Face à cette volatilité, l’enjeu n’est pas tant de réagir que de tenir une ligne. L’expérience des cycles passés invite à éviter les ajustements précipités et à conserver une vision de long terme.
Dans ces périodes, certains fondamentaux reprennent toute leur importance : la diversification, la qualité des actifs, et la capacité à absorber les chocs sans céder à la panique. Autant de principes éprouvés, mais souvent mis à l’épreuve lorsque l’incertitude s’installe durablement.
Au-delà des fluctuations de marché, la gestion d’actifs occupe une place centrale dans le fonctionnement de l’économie. Elle relie l’épargne, qu’elle soit individuelle ou institutionnelle, aux besoins de financement des entreprises et des États.
Ce rôle d’intermédiation prend une dimension particulière à grande échelle. Il engage à la fois la responsabilité vis-à-vis des épargnants (dont l’investissement porte souvent des projets de vie) et celle d’allouer les capitaux vers des usages productifs.
Le secteur évolue en profondeur sous l’effet de tendances de long terme. Le vieillissement des populations renforce les besoins d’épargne, tandis que l’essor des classes moyennes dans certaines régions du monde, notamment en Asie, transforme les équilibres globaux.
À ces dynamiques s’ajoutent des mutations plus récentes, comme la digitalisation des modes de distribution ou la montée en puissance de nouveaux produits d’investissement, qui contribuent à élargir l’accès aux marchés.
Les échanges ont également mis en lumière un défi structurant pour l’Europe : mieux mobiliser une épargne abondante mais encore insuffisamment orientée vers l’investissement productif.
La question de la souveraineté financière s’impose progressivement comme un enjeu stratégique. Elle conditionne la capacité du continent à financer ses priorités, à soutenir ses entreprises et à peser dans un environnement dominé par de grands blocs économiques.
Des avancées existent, mais le rythme reste progressif. L’amélioration de l’éducation financière, l’évolution du cadre réglementaire et le développement de solutions d’investissement plus accessibles apparaissent comme des leviers essentiels pour faire évoluer les pratiques.
Enfin, la place de la finance responsable a été évoquée, dans un contexte où le sujet semble moins visible qu’il ne l’était il y a encore quelques années. Pour autant, les attentes des investisseurs, en particulier institutionnels, restent fortes sur ces enjeux.
L’intégration des dimensions environnementales, sociales et de gouvernance s’inscrit désormais dans une logique de long terme. Elle répond autant à des exigences de responsabilité qu’à une lecture élargie de la performance.
Au fil des échanges, une idée s’est dégagée : la finance ne traverse pas seulement une phase d’ajustement conjoncturel. Elle est engagée dans une transformation plus profonde, où se redéfinissent à la fois ses priorités, ses outils et son rôle dans l’économie.
Retrouvez les personnalités qui ont pris la parole lors de cette rencontre