Sébastien Martin
Ministre délégué chargé de l'Industrie, Gouvernement français
À quoi ressemblera la ville productive et résiliente de demain ? Qu’il s’agisse de réindustrialiser nos régions ou de propulser l’économie des Outre-mer, l’aménagement de nos territoires ne se joue plus seulement sur les plans d’urbanisme, mais sur notre capacité à bâtir vite et à concrétiser les projets sur le terrain. Face aux chocs géopolitiques mondiaux, accélérer le tempo des chantiers et repenser nos écosystèmes urbains n’est plus une option administrative, c’est l’urgence absolue pour garantir notre autonomie stratégique.
À l’occasion du club Choiseul Ville de demain, Sébastien Martin, Ministre délégué chargé de l’Industrie, a partagé sa vision des grandes transformations à l’œuvre dans l’économie industrielle française. Aux côtés de Louis Fleuret, Directeur de projet Réindustrialisation et Réglementation à la DGE, de Vincent Guibout, Chief Executive Officer de Flying Whales, et de François Lavallée, Président de la Chambre de commerce et d’industrie Littoral Hauts-de-France, la séquence a réuni des acteurs clés de la réindustrialisation et du développement économique des territoires, sous la modération de Fadila Leturcq, Cheffe du Campus du numérique public à la DINUM.
Pendant de longues décennies, l’aménagement du territoire et le développement économique ont souffert d’approches cloisonnées : d’un côté, l’étalement industriel périphérique ; de l’autre, pour les Outre-mer, une logique de compensation des handicaps géographiques par des transferts sociaux. Aujourd’hui, l’émergence de la ville de demain impose un changement radical de paradigme. Il s’agit de ramener la production, l’innovation et les investissements privés au cœur du tissu territorial.
Si la loi Industrie verte a ouvert la voie en réduisant les délais d’instruction environnementale, le défi de la ville productive est désormais managérial et politique. Il s’agit d’ancrer une « culture du compromis » et du guichet unique au sein des collectivités et de l’État, capable d’arbitrer face à la rareté du foncier sans pour autant sacrifier la conformité réglementaire ni les exigences écologiques.
La ville de demain ne se décrète pas depuis les administrations centrales ; elle s’organise et se sécurise au plus près du citoyen. Afin d’accélérer la mutation des territoires, l’alignement des services de l’État sous l’autorité directe du préfet s’impose comme un levier d’action publique efficace contre l’imprévisibilité et les recours en cascade qui paralysent les chantiers.
Sur le plan financier, bâtir cette ville résiliente implique de repenser l’ingénierie et le déploiement des fonds. De nombreux acteurs soulignent que le déficit en fonds propres bloque trop souvent les initiatives locales, en particulier pour les PME et TPE qui font battre le cœur économique des villes et des littoraux. Face à la complexité des appels à projets, la co-construction entre banques privées, banques coopératives et acteurs institutionnels est essentielle. Réunir l’ensemble de l’écosystème financier dès la phase de programmation urbaine permet d’éviter les délais de déblocage destructeurs de valeur.
L’urgence opérationnelle d’aménager rapidement s’inscrit dans un cadre plus large de mutations globales. Qu’il s’agisse d’intégrer la décarbonation dans nos zones industrio-portuaires ou de valoriser la biodiversité et l’économie bleue des Outre-mer, la France se trouve aux avant-postes de la réorganisation du monde. Nos façades maritimes et nos implantations stratégiques à travers le globe offrent à la nation une profondeur géostratégique unique en matière de réseaux de connectivité et de transition énergétique.
La ville de demain doit réussir la triple performance de la compétitivité économique, de la sobriété environnementale et de l’attractivité territoriale. Pour transformer durablement ces ambitions en réussites urbaines concrètes, l’accélération doit également s’accompagner d’un fort investissement dans le capital humain : mieux former la jeunesse aux métiers de demain, retenir les compétences locales et interconnecter les réseaux d’affaires.
Dans la course mondiale à la résilience, les territoires qui sauront planifier et exécuter leurs projets urbains avec la plus grande agilité posséderont une longueur d’avance.
Retrouvez les personnalités qui ont pris la parole lors de cette rencontre
Ministre délégué chargé de l'Industrie, Gouvernement français
Cheffe du Campus du numérique public, Services du Premier Ministre, DINUM
Directeur de projet Réindustrialisation et Réglementation, DGE
Chief Executive Officer, Flying Whales
Président, Chambre de commerce et d’industrie Littoral Hauts-de-France