Benjamin HADDAD
Ministre délégué chargé de l'Europe
La dernière rencontre du Club Choiseul a accueilli Benjamin Haddad, Ministre délégué chargé de l’Europe, pour un échange consacré aux transformations géopolitiques et économiques à l’œuvre en Europe. Dans une perspective à la fois stratégique et opérationnelle, un regard sur les défis auxquels le continent est aujourd’hui confronté.
Le Ministre a d’abord mis en lumière l’évolution rapide de l’environnement international. Entre le pivot stratégique des États-Unis vers l’Asie, l’intensification des rivalités commerciales et technologiques, et la pression croissante exercée par la Chine, l’Union européenne est invitée à redéfinir sa place dans le monde.
Dans ce contexte, la notion d’autonomie stratégique européenne s’impose comme un impératif. Elle implique de réduire les dépendances critiques, qu’elles soient militaires, industrielles ou technologiques, tout en affirmant la capacité de l’Europe à agir comme une puissance à part entière.
« Les conclusions que nous devons en tirer, nous, Européens, c’est l’autonomie stratégique : réduire nos dépendances et nous affirmer comme puissance internationale. »
Benjamin Haddad, Ministre délégué chargé de l’Europe
Il a également souligné l’importance croissante des relations avec les pays d’Europe centrale et orientale, en particulier dans le domaine de la défense. Longtemps considérés comme périphériques, ces partenaires apparaissent désormais comme des acteurs clés dans la construction de la sécurité européenne.
Ce rééquilibrage s’accompagne d’un élargissement des coopérations, notamment avec les pays du Sud de l’Europe. Il traduit une approche plus flexible, fondée sur des coalitions adaptées aux enjeux, au-delà des schémas traditionnels.
Sur le plan économique, Benjamin Haddad a insisté sur la nécessité d’accélérer les réformes visant à renforcer la compétitivité européenne. Malgré des avancées récentes, le diagnostic reste partagé : fragmentation du marché intérieur, complexité réglementaire et insuffisance des investissements freinent encore le développement des entreprises.
La simplification des normes, l’approfondissement du marché unique et la mobilisation de l’épargne européenne apparaissent comme des leviers essentiels pour soutenir l’innovation, notamment dans les technologies de rupture comme l’intelligence artificielle ou le quantique.
Autre sujet clé : la politique industrielle européenne, avec un accent particulier sur la nécessité de faire émerger des champions capables de rivaliser à l’échelle mondiale. Cela suppose une évolution de la doctrine en matière de concurrence, afin d’intégrer les réalités du marché global.
Par ailleurs, la question de la protection économique, longtemps marginale dans le débat européen, gagne en légitimité. Le développement de mécanismes de « préférence européenne » dans certains secteurs stratégiques, comme la défense ou le spatial, est désormais envisagé comme un outil de souveraineté.
La construction d’un pilier européen de la défense a constitué un autre point central de la discussion. Sans remettre en cause le rôle de l’OTAN, les intervenants ont souligné la nécessité de renforcer les capacités industrielles et les coopérations intra-européennes.
Des dispositifs récents, visant à encourager les investissements communs, ouvrent des perspectives nouvelles pour les entreprises, y compris les PME. Toutefois, des marges de progression importantes subsistent pour faciliter leur accès à ces projets.
Autant de réflexions qui appellent à prolonger le dialogue et à renforcer les synergies entre acteurs publics et privés pour construire une Europe plus souveraine et plus compétitive.
Retrouvez les personnalités qui ont pris la parole lors de cette rencontre