Coopération internationale : la ministre Éléonore Caroit plaide pour des partenariats durables avec les pays du Sud

Club | Choiseul Europe International Tech & IA Territoires
27 octobre 2026
Paris, France
intervenante au micro lors d’un panel

Face à la contraction de l’aide publique au développement et aux recompositions géopolitiques, les modèles traditionnels de coopération internationale sont appelés à évoluer. Comment mobiliser davantage les investissements privés ? Quelle place accorder aux expertises locales ? Comment construire des partenariats économiques durables, fondés sur des intérêts partagés ?

Ces enjeux étaient au cœur du dernier Club Choiseul, organisé par l’Institut Choiseul en partenariat avec le Global Development Network (GDN), en présence d’Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger.

Aux côtés de Jean-Louis Arcand, président du GDN, d’Olivier Bogillot, président de Sanofi France et directeur des affaires publiques Europe et international de Sanofi, et d’Isabelle Bébéar, directrice des affaires internationales et européennes de Bpifrance, cette rencontre, modérée par Marjorie Cessac, journaliste au Monde, a permis de confronter les approches publiques, économiques et scientifiques de la coopération avec les pays du Sud.

Repenser les modèles de coopération internationale

La coopération internationale traverse une période de profonde transformation. Selon les données préliminaires publiées par l’OCDE en avril 2026, l’aide publique au développement des pays membres et associés du Comité d’aide au développement (CAD) a reculé de 23,1 % en 2025, soit la plus forte contraction annuelle jamais enregistrée. Certains partenaires historiques ont également changé d’approche : aux États-Unis, le démantèlement de l’USAID s’est accompagné d’une réorientation de la politique de coopération vers des dispositifs davantage conditionnés par des objectifs stratégiques et économiques, avec des « contrats à la clé ».

Face à ces bouleversements, la ministre Éléonore Caroit a défendu la nécessité de repenser les instruments de financement du développement, en mobilisant davantage les investissements privés et en renforçant les mécanismes de garantie permettant de réduire les risques. Dans un contexte de ressources contraintes, la France doit également mieux cibler ses interventions, en privilégiant les projets répondant aux besoins exprimés par les pays partenaires et aux intérêts partagés. Cela suppose aussi d’accepter de « ne pas être présents partout ». Cette évolution appelle une meilleure coordination des initiatives européennes et internationales, afin d’éviter la dispersion des financements et de renforcer l’efficacité des partenariats.

Santé, éducation et recherche : investir dans la prospérité

Pour Jean-Louis Arcand, économiste et président du GDN, la santé et l’éducation constituent des investissements fondamentaux pour le développement économique et social. Leurs bénéfices dépassent largement les rendements individuels, justifiant une intervention publique pour répondre à des besoins que les seuls mécanismes de marché ne peuvent satisfaire.

Mais l’efficacité des politiques de développement dépend également de leur ancrage dans les réalités locales. Jean-Louis Arcand a ainsi insisté sur la nécessité de mobiliser les chercheurs et les expertises des pays partenaires pour mieux identifier les besoins, concevoir des réponses adaptées et évaluer leurs effets sur les populations.

Une conviction au cœur de la mission du Global Development Network, qui œuvre au renforcement des capacités de recherche dans les pays en développement et à une meilleure prise en compte des connaissances produites localement dans les décisions publiques.

Mobiliser l’investissement privé pour soutenir les économies locales

Dans un contexte de contraction des financements publics, la mobilisation des capitaux privés constitue un levier majeur pour accompagner le développement des économies émergentes. Pour Isabelle Bébéar (Bpifrance), les institutions publiques doivent jouer un rôle de catalyseur, en réduisant les risques supportés par les investisseurs et en facilitant l’accès des entreprises aux financements, sans se substituer au secteur privé.

Bpifrance accompagne ainsi le développement d’écosystèmes entrepreneuriaux africains, notamment en Côte d’Ivoire, où elle contribue à la mise en place d’un guichet unique destiné à faciliter l’accès des dirigeantes de PME à des prêts garantis. À travers ses investissements dans des fonds africains, l’institution cherche également à exercer un effet de levier sur les capitaux privés, avec un objectif de mobilisation pouvant atteindre dix euros d’investissement pour un euro engagé.

L’exemple d’InstaDeep illustre le potentiel de ces écosystèmes. Fondée par deux entrepreneurs tunisiens et accompagnée par AfricInvest, cette entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle a été acquise par BioNTech dans le cadre d’une opération valorisée à plusieurs centaines de millions d’euros.

Au-delà des financements, l’enjeu est aussi de structurer des environnements favorables à l’innovation, à l’entrepreneuriat et au passage à l’échelle des entreprises locales.

Du don au partenariat : bâtir des systèmes de santé durables

Des médicaments livrés « sur une palette » ne suffisent pas à garantir l’accès aux soins si les systèmes de santé ne disposent pas des infrastructures, des chaînes logistiques et des professionnels formés nécessaires à leur distribution et à leur utilisation. C’est l’approche défendue par Olivier Bogillot, Président et Directeur Affaires Publiques Europe et International de Sanofi France, qui a présenté les initiatives du groupe pour contribuer au renforcement durable des systèmes de santé dans les pays à faibles revenus.

Cette stratégie repose notamment sur le développement de partenariats locaux, la formation des professionnels de santé et le transfert de technologies. En Afrique du Sud, Sanofi a ainsi engagé un projet de transfert technologique visant à développer la production locale de vaccins. Au Bénin, à Djibouti et au Cambodge, le groupe accompagne également des initiatives de formation et de renforcement des capacités sanitaires. À travers sa Global Health Unit, une unité à but non lucratif dédiée à l’amélioration de l’accès aux soins dans les pays à faibles revenus, Sanofi développe par ailleurs un modèle associant la fourniture de certains traitements à prix coûtant à un accompagnement des systèmes de santé locaux.

Pour Olivier Bogillot, l’ampleur des défis sanitaires impose désormais de « changer d’échelle », notamment en renforçant les coopérations industrielles et les initiatives européennes.

Au fil des échanges, une conviction commune s’est dégagée : l’avenir de la coopération internationale repose sur la capacité à articuler financements publics et investissements privés, à mobiliser les expertises locales et à inscrire les partenariats dans la durée.

Face à une concurrence internationale accrue, notamment chinoise, l’Europe gagnera à mieux coordonner ses initiatives et affirmer la singularité de son modèle de coopération, fondé sur le transfert de compétences, le renforcement des capacités locales et la création de valeur partagée.

À PROPOS DU CLUB CHOISEUL

Plateforme de référence de l’Institut Choiseul, le Club Choiseul réunit des décideurs de premier plan pour croiser les perspectives, nourrir la réflexion stratégique et faire émerger des coopérations à fort impact au cœur des grands enjeux de notre époque.

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