« Cesser de faire des bâtiments irréversibles » : la ville durable commence par l’existant

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3 novembre 2026
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En partenariat avec Tarkett, le dernier Club Choiseul Ville de demain a réuni des acteurs majeurs du logement, de l’industrie et de l’immobilier autour d’un même enjeu : accélérer la transformation durable de la ville. Au cœur des échanges : la réhabilitation du bâti existant, le réemploi des matériaux, la décarbonation de la construction et l’adaptation des territoires au changement climatique.

Xavier Brissy, directeur adjoint des grands projets à CDC Habitat, Pascal Eveillard, directeur Construction durable Groupe chez Saint-Gobain, Franck Lirzin, directeur de la stratégie et de la maîtrise d’ouvrage à SNCF Immobilier, et Adrien Tran, directeur général France, Maghreb et Afrique de l’Ouest chez Tarkett, ont partagé leurs perspectives. Animée par Pierre Darmet, responsable des relations institutionnelles chez Idverde, la discussion a fait émerger une conviction largement partagée : la ville de demain se construira d’abord en apprenant à mieux transformer celle d’aujourd’hui.

Réhabiliter plutôt que démolir : le bâti existant, premier chantier de la décarbonation

Avec 120 000 hectares de foncier et 32 000 bâtiments répartis dans toute la France, le groupe SNCF dispose d’un patrimoine immense et très diversifié. Pour Franck Lirzin (SNCF Immobilier), l’enjeu est de faire évoluer cet héritage de près de deux siècles afin de répondre aux défis actuels : reconversion des sites ferroviaires, décarbonation des bâtiments, adaptation aux fortes chaleurs et aux risques climatiques, préservation de la biodiversité. Auteur de Habiter un monde qui brûle (Éditions de l’Aube, 2026), il invite à penser l’adaptation au-delà du seul bâtiment : à l’échelle de l’îlot, de l’espace public et des infrastructures de fraîcheur.

Chez CDC Habitat, Xavier Brissy a détaillé sa feuille de route : rénover 10 000 à 12 000 logements par an, sortir des passoires énergétiques et intégrer systématiquement les risques climatiques dans les investissements. Forte de 4,7 milliards d’euros investis en 2025, l’entreprise entend aussi peser sur les filières du bâtiment en accélérant le bas carbone. L’expérience du village des athlètes des Jeux de Paris 2024 a montré qu’il était possible de changer d’échelle. Quant à la démolition, elle peut parfois se justifier, à condition d’en mesurer précisément le bilan carbone. Mais l’essentiel se joue dès la conception.

« Je suis convaincu qu’il faut cesser de faire des bâtiments irréversibles. Les besoins évoluent beaucoup trop vite. »

Xavier Brissy, directeur adjoint des grands projets à CDC Habitat

Recyclage, bas carbone, réversibilité : les industriels changent de modèle

La rénovation pousse les industriels à innover : pose plus rapide, adaptation à l’existant, intégration de matières recyclées. Tarkett s’est fixé pour objectif de réduire de 30 % ses émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble de sa chaîne de valeur d’ici 2030, par rapport à 2019. Celles liées à ses usines ont déjà diminué de 46 % ; l’essentiel de son empreinte carbone se situe désormais en amont et en aval de la production. Le recyclage constitue donc un levier majeur. Lancé en 2010, le programme ReStart collecte les chutes de pose et les anciens revêtements de sol pour les recycler et en réintégrer les matières dans la fabrication.

Fort de l’expérience des marchés africains, Adrien Tran a souligné la capacité du groupe à anticiper, dès la construction neuve, les futurs besoins de rénovation, au plus près des réalités locales. Ce savoir-faire nourrit aussi la vision de l’entreprise en Europe : concevoir des solutions durables, économiquement pertinentes et capables de s’adapter aux usages de demain.

Cette réflexion rejoint celle de Pascal Eveillard (Saint-Gobain), pour qui la décarbonation du bâtiment repose sur trois leviers : réduire les consommations énergétiques en phase d’exploitation, limiter le carbone incorporé dans les matériaux et prolonger la durée de vie des bâtiments. Cela passe notamment par la décarbonation des procédés industriels, grâce à l’électrification des usines et à l’évolution des matières premières. Il souligne également le potentiel de la construction légère, qui réduit les quantités de matériaux utilisées et allège les structures et les fondations.

Construire la ville durable suppose de changer de réflexes : décloisonner les métiers, penser les bâtiments sur tout leur cycle de vie et privilégier la transformation intelligente de l’existant. Un défi collectif, qui appelle agilité, innovation et coopération, pour faire évoluer la ville sans repartir systématiquement de zéro.

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