Frédéric Gauchet
Président , France Chimie
Menacée par la concurrence mondiale, la chimie européenne traverse une grave crise de compétitivité. Pour sauvegarder notre souveraineté industrielle, le secteur doit impérativement allier innovation, décarbonation et soutien européen.
Sans chimie, pas de batteries, pas d’eau potable, pas de médicaments, ni de transition énergétique décarbonée. À l’occasion de la rentrée de Choiseul Souveraineté, décideurs publics et industriels se sont réunis autour d’un constat partagé par Mathias Girard (France Chimie) : la souveraineté industrielle ne commence pas à l’assemblage du produit final, mais en amont, dans les usines de chimie. Décryptage d’un secteur stratégique en quête de compétitivité, d’agilité et de protection européenne.
Le secteur de la chimie fait face à un paradoxe majeur : alors que la production mondiale a progressé de 20 % ces cinq dernières années, celle de l’Europe a reculé de 10 %. Face à la Chine, à l’Inde ou aux États-Unis (et son plan IRA), la chimie européenne subit un déficit d’investissement, une fiscalité lourde et des contraintes réglementaires disproportionnées. Comme l’a rappelé Frédéric Gauchet, Président de France Chimie et de Minakem, le secteur traverse une crise qui n’est plus conjoncturelle, mais bel et bien structurelle .
« Nous avons aujourd’hui besoin de visibilité avec un programme d’investissement sur au moins 10 ans pour rétablir la compétitivité de notre industrie. Cela passera par un certain nombre de mesures difficiles, et en particulier de bien identifier les sites critiques sur lesquels il faut fonder l’avenir de l’industrie européenne. »
Frédéric Gauchet, Président de France Chimie et de Minakem
Pour préserver son modèle, l’écosystème doit transformer ses procédés sans sacrifier son atout maître : l’innovation. Virginie Guérin, Vice-présidente Affaires publiques d’Arkema, a rappelé que la R&D constitue l’ADN de la chimie — Arkema y consacre 3 % de son chiffre d’affaires et conserve 55 % de ses dépenses R&D en France —, tout en soulignant la nécessité de préserver les dispositifs d’attractivité comme le Crédit d’Impôt Recherche (CIR). Elle a également appelé les institutions à plus d’agilité pour adapter les réglementations face aux évolutions du marché mondial.
De son côté, Anaïs Voy-Gillis, Directrice stratégie RSE du groupe Humens, a mis en garde contre la tentation d’opposer rentabilité économique et transition écologique : « On refuse de séparer compétitivité et décarbonation. Sans compétitivité, il n’y a pas de cash pour investir dans la transition. Mais la décarbonation, c’est la compétitivité de long terme. »
Face au ralentissement de la demande européenne et au risque de fuite carbone, la préservation des capacités de production exige une action collective renforcée. Constance Maréchal-Dereu, Cheffe du service de l’industrie à la DGE, a appelé les industriels à fournir des données chiffrées précises pour nourrir la position française et convaincre les 27 États membres à Bruxelles. Qu’il s’agisse de réduire les délais de traitement des dossiers d’anti-dumping, d’ajuster les règles de l’ETS ou de sécuriser l’accès à une énergie décarbonée compétitive, c’est la capacité à « chasser en meute » qui permettra à l’Europe de protéger ses chaînes de valeur clés.
Depuis cinq ans, l’initiative Choiseul Souveraineté s’attache à décrypter les chaînes de valeur stratégiques et à réunir les leaders économiques et publics appelés à façonner l’autonomie industrielle de la France et de l’Europe. En mettant en lumière les infrastructures invisibles mais vitales — à l’image de la chimie —, la plateforme s’impose comme un catalyseur d’action collective au service de la compétitivité de nos territoires.
Retrouvez les personnalités qui ont pris la parole lors de cette rencontre