Marine LECOMTE
Directrice Offre & Innovation, Sopra Steria
L’Institut Choiseul, en partenariat avec Sopra Steria, a eu le plaisir d’organiser un nouveau Club Choiseul Finance de demain consacré à un enjeu devenu central pour nos économies : la souveraineté dans les paiements.
Face à l’ascension d’acteurs internationaux, à la domination des schemes américains et au développement rapide des solutions de paiement numériques et mobiles, la question est plus stratégique que jamais. Comment garantir la continuité des transactions, la maîtrise des données et la résilience économique de l’Europe dans un paysage en pleine mutation ?
Une table ronde animée par Marine Lecomte, Directrice Offre & Innovation chez Sopra Steria, a réuni deux intervenants de premier plan :
En Europe, cinq moyens de paiement coexistent — du cash aux cartes, en passant par prélèvements et virements. Mais ce sont désormais les cartes bancaires qui dominent très largement les usages, représentant 56 % des paiements électroniques.
Pour autant, derrière cette apparente diversité, une réalité s’impose : deux tiers des paiements par carte en Europe sont processés par Visa et Mastercard, des acteurs non européens.
Cette dépendance interroge,
À titre d’exemple, Apple Pay représenterait environ 60 % des usages de wallets en France, sans qu’aucune alternative européenne ne s’impose réellement à l’échelle continentale.
Avec 38 milliards d’opérations traitées en 2024 pour plus de 7 800 milliards d’euros, STET est l’une des infrastructures les plus critiques du pays. Pourtant, elle reste largement méconnue du grand public.
Régis Folbaum a rappelé l’importance d’un pilier unique en Europe : la carte domestique Carte Bancaire (CB), utilisée dans près de 80 % des transactions de proximité en France.
Grâce à cette exception française :
Mais cet équilibre reste fragile. La montée des néobanques, qui émettent souvent des cartes mono-badge (Visa ou Mastercard), ou encore la domination des wallets internationaux, participe à l’érosion progressive de ce modèle souverain.
Pour Carrefour, l’enjeu est clair : proposer au client le moyen de paiement qu’il souhaite, tout en limitant la perte de chiffre d’affaires liée aux abandons de panier — un phénomène très fort en e-commerce.
Mais la domination croissante d’acteurs non européens crée plusieurs risques majeurs :
Vincent Cotte a aussi souligné la puissance marketing de ces acteurs : promotions dédiées, campagnes massives lors d’événements internationaux, intégration profonde dans les usages mobiles…
Difficile, dans ce contexte, pour une alternative européenne de se faire une place sans un effort massif de coordination et de communication.
Face aux stablecoins adossés au dollar — qui représentent aujourd’hui 99 % des volumes mondiaux — l’Europe accélère sur le projet d’euro digital.
L’objectif : proposer un instrument souverain, émis par la BCE, capable de rivaliser avec les solutions privées américaines.
La souveraineté dans les paiements n’est ni un concept théorique ni un réflexe protectionniste. C’est un facteur de résilience économique, de maîtrise des données, et de continuité des échanges.
Retrouvez les personnalités qui ont pris la parole lors de cette rencontre