Pierre VERLYCK
Conseiller du Président et Directeur du développement de Choiseul Magazine
Alors que la maîtrise de l’écrit demeure une condition centrale d’accès aux savoirs, à l’emploi et à l’information, la dyslexie reste trop souvent appréhendée comme une difficulté individuelle isolée. Pourtant, entre 9 et 12 % de la population française seraient concernés par des troubles spécifiques du langage et des apprentissages.
L’Institut Choiseul publie une nouvelle étude consacrée, La dyslexie en France, un double enjeu de santé publique et de citoyenneté, réalisée à partir des contributions de Boutayna Burkel, Philippe Naty-Daufin et Pierre Verlyck.
Au-delà de la reconnaissance institutionnelle progressive des troubles dits « dys », l’étude met en lumière une fracture invisible : repérages tardifs, inégalités territoriales persistantes, manque de coordination entre les acteurs de santé, d’éducation et de l’emploi. Autant de défaillances qui fragilisent les trajectoires individuelles et pèsent sur la cohésion collective.
La dyslexie se manifeste dès les premiers apprentissages et entrave l’automatisation de la lecture et de l’écriture, indépendamment du niveau intellectuel ou de l’origine sociale.
En France, les délais de diagnostic peuvent atteindre 18 mois, dans un contexte de pénurie structurelle de professionnels : 90 % des orthophonistes libéraux déclarent ne plus avoir de créneaux pour réaliser des bilans. Cette saturation accentue les inégalités territoriales et transfère une part croissante de la charge vers les familles.
Ces ruptures de parcours ont un impact durable. Chaque jeune décrocheur scolaire représente un coût moyen estimé à 340 000 euros pour la collectivité sur l’ensemble de sa vie. La non-prise en charge constitue ainsi un enjeu économique autant que social.
Contrairement à une idée répandue, les effets des troubles spécifiques du langage et des apprentissages ne disparaissent pas à l’âge adulte.
33 % des personnes dyslexiques considèrent leur trouble comme un frein à leur carrière. Plus d’une sur deux déclare avoir déjà été confrontée à des situations de discrimination au travail. Les difficultés liées à l’écrit restent trop souvent interprétées comme un manque de rigueur ou de compétence, révélant une méconnaissance persistante de la neurodiversité dans les organisations.
Pourtant, dans des environnements adaptés, les profils neurodivergents peuvent constituer de puissants leviers de performance. Certaines recherches citées dans l’étude évoquent des gains de productivité pouvant atteindre +140 % sur des tâches mobilisant créativité, analyse ou résolution de problèmes.
Le défi n’est donc pas de « corriger » des individus, mais de transformer les environnements.
Il s’agit de structurer une réponse fondée sur la prévention précoce, la coordination des acteurs et la reconnaissance des talents. Traiter la dyslexie n’est pas uniquement une exigence d’équité et d’inclusion : c’est un enjeu de performance collective et de capital humain pour la France.pierre verlyck, conseiller du prÉsident de l’institut choiseul et directeur de l’Étude
L’étude identifie trois constats majeurs :
Pour y répondre, elle formule douze propositions opérationnelles, articulées autour de deux leviers structurants :
Renforcement du repérage précoce, simplification des parcours diagnostiques, formation systématique des enseignants et des professionnels de santé, pilotage interministériel associant santé, éducation et emploi, mobilisation des entreprises, intégration encadrée des solutions numériques : l’objectif est clair.
Faire de la dyslexie un véritable enjeu de santé publique et de citoyenneté, pleinement intégré aux politiques publiques, et reconnaître que l’inclusion des talents neurodivergents relève autant de l’équité que de la performance collective.
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